Bâtir un patrimoine durable
Tout développement dans une île durable ne saurait se faire sans tenir compte du patrimoine. SOS Patrimoine en Péril milite ainsi pour une valorisation des héritages collectifs dans leur dimension immatérielle, matérielle, culturelle et environnementale. Nelly Ardill, la présidente de cette association, explique le sens de cette démarche civique.Transmettre les richesses culturelles et naturelles d'une génération à une autre. Avec pour objectif le maintien de l'espèce humaine dans un environnement intègre. Ceci dans une structure symbolique capable de donner du sens à la dignité de l'homme et à sa vie sociale. Voici les grandes lignes du projet culturel de SOS Patrimoine en Péril. Une association qui souscrit au concept Maurice île Durable (MID).
Aussi cette transmission aux générations futures passe-t-elle par une valorisation des legs afin que la préservation du patrimoine soit associée au concept de durabilité. SOS Patrimoine en Péril prône ainsi une démarche proactive pour que ce principe soit appliqué dans les domaines du patrimoine immatériel, matériel, culturel et environnemental. Ce dernier créneau est explicité par Nelly Ardill.
La présidente de SOS Patrimoine en Péril évoque les projets de développement "pharaonique" à Albion et Flic-en-Flac. Projets qui, à ses dires, nuiront gravement aux habitants de ces agglomérations côtières. Elle étaie son propos en expliquant que les Mauriciens ont comme tradition (patrimoine immatériel) de pique-niquer sur les plages. Au loisir s'ajoutent des besoins de cultes et des raisons inconscientes. "Ils ont besoin des plages. C'est un contact psychologique de tous les insulaires. Un rapport affectif fondamental ou inconscient dont on doit tenir compte."
Nelly Ardill estime que la décision d'entreprendre un développement quelconque sur un bord de mer devrait être prise en concertation avec ceux que cela pourrait léser; pas seulement avec les promoteurs. Des raisons de patrimoine matériel sont invoquées pour Albion. Plage où des poteries chinoises (provenant d'un navire naufragé à proximité) sont toujours récupérées. Un élément qui revêt une importance archéologique sous-marine certaine; le monument historique que représente le phare, juché sur les falaises; un centre de recherche marine d'intérêt national, outre un wetland abritant des écosystèmes.
"Certes on a besoin d'une centrale électrique, d'un incinérateur et de développement hôtelier, mais pas à Albion. Pas pour le bonheur de la population d'une île durable." Notre interlocutrice ajoute que ce qui est menacé est non seulement la plage et la zone marécageuse, mais un sentiment de bien-être. Autant que la relation homme/mer dans un pays insulaire comme Maurice.
Une île durable devrait inclure également le développement d'un certain état d'esprit face à la préservation du patrimoine, matériel et immatériel autant que culturel, acquis des aînés. L'association suggère une réorientation des curriculums afin que les jeunes soient conscients de la biodiversité locale. Conscients aussi de leur propre tradition et de celle de leurs camarades. Ce qui devrait largement contribuer à l'avènement du mauricianisme.
À un autre chapitre, un inventaire est amorcé pour constituer une base de données en ligne du patrimoine mauricien (voir hors-texte). Essentiellement des objets qui permettent de mieux se connaître en tant que Mauricien. "Les privés ont souvent des choses que les archives n'ont pas. Ce sont des objets qui permettent de mieux se connaître et de ne pas perdre sa culture. Car l'interculturalité implique être honnête avec sa propre culture et heureux de la partager. L'acceptation de ses origines et de son identité amène l'acceptation des autres."
Parmi les nombreux autres objectifs de SOS Patrimoine en Péril : l'obtention d'une galerie d'art contemporain qui mettrait en relief l'école de peinture post-impressionniste mauricienne, autant que les peintres mauriciens et des collections de l'État. Ce qui somme toute constitue un patrimoine culturel certain. Une partie de ce que nous sommes mais que nous ne connaissons que peu.
Inventaire
Vous avez sans doute chez vous aussi du patrimoine mauricien. Une vieille boîte de cire pour le parquet ou une boîte de cigarettes en métal, par exemple. L'association SOS Patrimoine en Péril envisage de mettre en ligne un inventaire de ce patrimoine. Vous pouvez également apporter votre pierre à l'édifice en envoyant une photographie accompagnée d'un petit texte explicatif de l'objet à l'adresse électronique suivante : Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir. .
Ceci s'inscrit dans une démarche de sauvegarde sous forme d'archives électroniques. Dans la même optique, cet inventaire devrait être initié avec des étudiants et des institutions engagées dans la recherche. Une banque de données qui, dans le moyen terme, pourra être consultée sur Internet.
PATRIMOINE INTANGIBLE : Ségas tambour, typique et bhojpuri lacross présentés à l'UNESCO
Après l'Aapravasi Ghat et Le Morne, le gouvernement mauricien présentera un nouveau dossier pour figurer sur la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO. Il s'agit de nos musiques traditionnelles, à savoir les ségas tambour et typique et le bhojpuri lacross. Ce dossier s'inscrit dans le cadre du projet d'inventaire du patrimoine intangible actuellement en cours.
Les étagères de la salle de documentation sont encore vides. Pour le moment, il n'y a pas grand-chose à consulter. Mais le travail se fait sur le terrain, nous assure-t-on au National Heritage Fund, opérant sous l'égide du ministère de la Culture. Minakshi Thannoo, à la tête de l'organisme depuis l'année dernière, nous apprend que deux grands projets, financés en partie par l'UNESCO, sont actuellement en cours : le mapping archéologique et culturel de la République; l'inventaire du patrimoine intangible.
Dans ce contexte, un grand atelier de travail animé par Munish Pandit, vice-président de l'International Committee on Intangible Cultural Heritage, s'est tenu en avril, au Domaine Les Pailles. Il était surtout question de définir une ébauche pour la collecte du patrimoine intangible. À la suite de quoi, un premier travail portant sur le séga tambour de Rodrigues, avec la collaboration de Rosaire Perrine, a démarré.
Il faut aussi savoir que le NHF a l'intention de soumettre un dossier à l'UNESCO pour que le séga tambour, le séga typique et le bhojpuri lacross soient inscrits sur la liste mondiale du patrimoine intangible. Pour cela, le centre travaille en collaboration avec le centre Nelson Mandela pour la Culture Africaine, le Mahatma Gandhi Institute et l'assemblée régionale, entre autres.
Pour Minakshi Thanoo, le patrimoine intangible est un domaine assez vaste et il faudra du temps pour tout couvrir. "Je dirai par exemple que les traditions du mariage, l'utilisation des plantes médicinales, sont autant de sujets à répertorier."
Et que dire des fameuses savates Dodo, par exemple, dont le fabricant a annoncé récemment la fermeture de l'usine en raison de la concurrence étrangère ? La directrice du NHF estime que c'est autant de choses qui donnent à réfléchir. En attendant, la biscuiterie Rault, elle, a eu une reconnaissance bien méritée en étant inscrite sur la liste du patrimoine national, grâce à ses biscuits manioc.
Source: Scope Magazine, 14 juillet 2010L'histoire d'anciennes cheminées en douze mois
Mise à jour le Mercredi, 03 Août 2011 11:14 Écrit par Administrator Jeudi, 20 Août 2009 06:10
L'association SOS Patrimoine en Péril, créée en 2006 par un groupe de personnes soucieuses de préserver le patrimoine national, a lancé, hier au cours de sa soirée annuelle, un calendrier pour l'année 2009, dont les illustrations représentent quelques vieilles cheminées de l'île. Cette association souhaite éveiller chez les Mauriciens le souci de la préservation du patrimoine, notamment architectural, à travers des actions soutenues par les autorités. François Guimbeau, son président, dit son inquiétude devant la perte de notre héritage commun : " Qu'allons nous raconter à nos enfants ? Que restera-t-il de notre histoire ? "
" Le respect du patrimoine n'est pas ancré dans les mœurs à Maurice. Dès que l'on voit un vieux bâtiment, on le démolit ", constate avec tristesse M. Guimbeau. " Dès que l'on voit une ancienne maison, celle-ci est automatiquement associée à cette époque coloniale douloureuse et on pense qu'il faut la démolir afin de construire des édifices en béton. Ces bâtiments ont peut-être des histoires merveilleuses qu'on ignore ", dit-il. Depuis sa création, l'association, qui réunit des passionnés de l'histoire et du patrimoine mauriciens, ne cesse d'attirer l'attention des autorités sur plusieurs sites ou objets à valeur historique de l'île qui nécessitent une attention particulière. Au départ, elle comptait six membres et aujourd'hui, une cinquantaine. Hier aux Écuries du Domaine des Aubineaux, à Forest-Side, la soirée annuelle de l'association a été marquée par le lancement du calendrier montrant d'anciennes cheminées de l'île. Chaque mois de l'année 2009 est en effet illustré par une photo détaillée des cheminées et leur historique. " Ce sont de vieilles sentinelles abandonnées… il y a tant d'histoire autour d'elles. Afin de pouvoir construire ces édifices, des travailleurs, par exemple, ont dû fournir de gros efforts pour soulever ces pierres qui sont si lourdes ", explique Marie-France Chellin-Goblet, la trésorière. Pour cette dernière, outre les maisons coloniales, les monuments, les cheminées, les livres, les pierres tombales, les tableaux forment également partie du patrimoine local et c'est la responsabilité de tous les Mauriciens de les préserver. " Il s'agit d'un héritage commun ; prenez par exemple les bâtiments en pierre à Port-Louis : ceux-ci ont été en grande partie construits par des tailleurs de pierres qui venaient de Pondichéry sous le règne de Mahé de Labourdonnais. À chaque fois que ces bâtiments sont détruits, c'est tout un pan de l'histoire qui disparaît ", renchérit M. Guimbeau. Citant plusieurs exemples de lieux et sites historiques, François Guimbeau souligne que Maurice compte de nombreuses preuves témoignant de sa richesse historique, tels le patrimoine militaire ou encore les chemins de fer. " La gare du Réduit servait à l'époque de gare personnelle aux gouverneurs…, maintenant ce lieu est en ruines ", déplore, entre autres, notre interlocuteur. " Il y a aussi la core zone tout autour de l'Aapravasi Ghat qui mérite tout aussi une attention particulière ", ajoute-t-il. M. Guimbeau indique par ailleurs que ces lieux et autres bâtiments historiques, telles les maisons coloniales, attirent de nombreux touristes, qui démontrent de plus en plus d'intérêt pour l'histoire du pays, sa culture et son patrimoine architectural et culturel. " Que vont-ils avoir à admirer si nous rasons tous les bâtiments ? ", s'interroge M. Guimbeau.
Dans le but de sensibiliser les jeunes, Mme Chellin-Goblet indique que des propositions ont été faites aux autorités pour que le curriculum d'études, tant au primaire qu'au secondaire, inclue davantage des pages d'histoire de notre île. Dans cette optique, l'association compte animer prochainement des causeries dans les écoles sur l'importance de la préservation du patrimoine, à l'intention des 7-8 ans. " Les jeunes sont notre espoir… il faut les éduquer dès le plus jeune âge et leur inculquer cette notion de la sauvegarde du patrimoine ", plaide-t-elle. Elle propose aussi que des incentives soient alloués aux personnes possédant des maisons coloniales afin qu'elles puissent entretenir ces dernières, voire exploiter la possibilité qu'elles soient transformées en chambres d'hôtes. François Guimbeau propose par ailleurs que ces maisons soient incluses dans un parcours spécial par les opérateurs touristiques.




