PATRIMOINE - HERSHA LUTCHMAN-BOODHUN - Capital, Mercredi 25 jnavier 2012
Last Updated on Saturday, 11 February 2012 08:05 Written by Administrator Friday, 10 February 2012 12:57
Nelly Ardill
« Le gouvernement devrait songer à des logiques de partenariat »
L'aspect économique du patrimoine naturel, culturel et historique du pays ne fait pas partie des plans de développement des autorités. L'indifférence des citoyens n'est pas moins coupable devant la détérioration des sites historiques. Il y a urgence, crie SOS Patrimoine en Péril
LE PATRIMOINE recouvre tous les domaines, allant de la protection des sites bâtis à la gestion des côtes, en passant par la protection des rivières et des forêts. Or, même si l'existence du National Héritage Trust Fund (NHTF) devrait rassurer sur la conservation de notre patrimoine, on observe un déficit de prise de conscience sur l'importance du patrimoine et la nécessité de le préserver et de le valoriser. C'est le triste constat que font Nelly Ardill, présidente de SOS Patrimoine en Péril et Thierry Le Breton, membre actif de l'association qui en compte une cinquantaine. Ils postulent que l'Etat devrait considérer le patrimoine comme une ressource potentielle de développement.
« On se rend compte qu'il existe un manque d'initiatives pour protéger et valoriser le patrimoine. Si le gouvernement n'arrive pas à gérer les sites correctement, il faut songer à des logiques de partenariats privé-public et laisser le travail à des organisations compétentes. On ne demande pas au gouvernement de tout faire, mais de penser autrement pour mener à bien le projet de sustainability », observe Nelly Ardill. Autre obstacle : Le NHTF a un mandat de protection pour les bâtis ou encore les statues, mais il n'y a jamais un budget qui suit pour accompagner la conservation, comme cela se fait à l'étranger. Par exemple, quand le gouvernement décrète un site d'intérêt national, des budgets sont votés pour compenser les propriétaires pour l'entretien ; « Ce n'est pas suffisant de faire une loi pour protéger, mais il faut l'accompagner d'un budget. Cela coûte de protéger et d'entretenir ».
Pour Thierry Le Breton, « le patrimoine et la gestion du patrimoine ne signifient pas fossiliser, muséifier ou cacher. Il s'agit surtout de transmettre et valoriser, de rendre vivant pour Us générations futures ». De ce fait, SOS Patrimoine en Péril trouve malheureux que la population du village du Morne ne puisse bénéficier de l'inscription de la montagne du Morne sur la liste du patrimoine mondial. Et l'Ong ne se contente pas de constater. En faisant l'inventaire des richesses méconnues, des niches socio-économiques se sont révélées des atouts majeurs quoique inexploités dans le processus Maurice Ile Durable. D'où l'idée d'un projet intégré au Morne. « Nous cherchons des financements et de l'encadrement afin que les villageois participent et jettent les bases socio-économiques dont pourront bénéficier leurs enfants. L'objectif est de créer de l'emploi et de développer la solidarité et la responsabilisation tout en favorisant une ouverture sur le monde », précise la présidente de l'Ong.
UNE RICHESSE AU SERVICE DU DÉVELOPPEMENT
La région du Morne est l'une des régions économiques les moins développées de l'île. Une bonne partie de sa population vit dans une précarité extrême. « Les villageois se plaignent que les hôtels ne veulent pas les embaucher. Pourquoi cette situation ? Les employeurs trouvent qu'ils ne sont pas stables, qu'ils savent à peine lire et écrire. Ce sont les conséquences indirectes de l'environnement sur un petit groupe », avance Nelly Ardill. [Voir hors-texte sur le projet intégré]
Mais gérer une association sociale n'est pas toujours de tout repos. La plus grande difficulté, affirme Nelly Ardill, c'est de trouver des gens pour venir donner un coup de main. « Les gens ont beaucoup d'apriori sur le bénévolat à Maurice. Nous oeuvrons pour une cause nationale, notre engagement ne requiert pas des compétences extraordinaires. Il faut que les gens comprennent que les touristes ou autres étrangers visitent un pays pour voir ce qu'il ne trouvera pas ailleurs ».
Le patrimoine d'un pays est une richesse au service du développement. Quand on parle patrimoine on parle histoire, culture, architecture, art, littérature, cuisine. Le patrimoine c'est tout ce qui fait la spécificité d'un pays, l'âme d'un peuple.
SOS Patrimoine en Péril, fondée en novembre 2006, s'est donnée pour mission l'identification d'objets patrimoniaux -bâtiments, monuments, résidences privées -souvent méconnus des politiques publiques, et d'établir l'importance de leur sauvegarde pour ce qu'ils représentent comme repères de notre héritage commun.
D'où l'importance d'une politique nationale, plaide Thierry Le Breton, pour apprendre aux gens à préserver au lieu de détruire. De l'importance également du développement des techniques de réhabilitation et de valorisation des sites et monuments appartenant au patrimoine commun.
LE MORNE : PRENDRE COMPTE AUSSI DE LA POPULATION
En février 2010, Le Morne Héritage Trust Fund a sollicité la rédaction d'un Local Economic Development (LED) Plan pour Le Morne Culturel Landscape (LMCL). Ce plan devra se faire de façon à assurer la préservation de l'authenticité et de l'intégrité du site et l'amélioration de la qualité de la vie communautaire à travers des Infrastructures et des activités économiques durables
Le projet intégré au village du Morne devra mettre en valeur les patrimoines Intangibles requis par l'UNESCO. Plusieurs éléments sont pris en considération.
- Trois circuits pédestres pour visiteurs et écoliers, avec des guides du village qui seront formés en conséquence et des conteurs. Le financement requis pour la formation des guides est de l'ordre de Rs 125 000.
- Exploitation d'un terrain agricole au-dessus du village visant au soutien à l'autonomie alimentaire des villageois. C'est une opération qui s'accompagne de plantations de végétaux exploitables pour leurs vertus médicinales, colorantes ou aromatiques traditionnelles afin de soutenir le développement de l'entrepreneuriat du village à plus long terme.
- La création d'une crèche, d'un centre d'accueil et de toilettes publiques. Le ministère est d'accord de mettre a disposition les terrains nécessaires, situés dans le buffer zone en face du centre communautaire.
- Equiper le village d'infrastructures permettant, par exemple la récupération d'eau de pluie, une remise en état des quatre sources d'eau existantes et la mise en valeur de l'habitat et du bien-être des habitants (peinture des maisons, vole rie et sécurité routière).
LA LISTE PRIORITAIRE DE SOS PATRIMOINE EN PÉRIL
L'association n'attend que le feu vert des autorités et les financements nécessaires pour réaliser les projets déjà Identifiés et jugés prioritaires et urgents.
- La restauration de la tour Saint-François à Petit Paquet (moulins à manège), un des rares vestiges historiques de la côte Nord. Le site est sur la liste des 183 monuments classés par le NHTF et le budget requis est de Rs 400 000.
- Etablir une banque de données interrogeable sur l'Internet comprenant un inventaire complet des patrimoines de Maurice. Plus de cinq cents pages d'inventaire sont déjà consultables sur internet : www.patrimoineenperil.mu
- La rénovation de l'hôtel de ville de Curepipe en état d'abandon. Selon l'association, le problème principal demeure le fait qu'il n'y a pas de budget de maintenance, alors qu'un tel bâtiment devrait être rentable.
Les Archives Nationales et la Bibliothèque Carnegie : Si SOS Patrimoine en Péril a déjà trouvé des fonds pour la préservation et la conservation des archives nationales, il lui reste, en revanche, à chercher des financements pour la bibliothèque Carnegie. Il faudrait trouver environ Rs 400 000 pour assurer l'état des lieux et se procurer de matériels spécifiques.


