L'histoire d'anciennes cheminées en douze mois
Last Updated on Wednesday, 03 August 2011 11:14 Written by Administrator Thursday, 20 August 2009 06:10
L'association SOS Patrimoine en Péril, créée en 2006 par un groupe de personnes soucieuses de préserver le patrimoine national, a lancé, hier au cours de sa soirée annuelle, un calendrier pour l'année 2009, dont les illustrations représentent quelques vieilles cheminées de l'île. Cette association souhaite éveiller chez les Mauriciens le souci de la préservation du patrimoine, notamment architectural, à travers des actions soutenues par les autorités. François Guimbeau, son président, dit son inquiétude devant la perte de notre héritage commun : " Qu'allons nous raconter à nos enfants ? Que restera-t-il de notre histoire ? "
" Le respect du patrimoine n'est pas ancré dans les mœurs à Maurice. Dès que l'on voit un vieux bâtiment, on le démolit ", constate avec tristesse M. Guimbeau. " Dès que l'on voit une ancienne maison, celle-ci est automatiquement associée à cette époque coloniale douloureuse et on pense qu'il faut la démolir afin de construire des édifices en béton. Ces bâtiments ont peut-être des histoires merveilleuses qu'on ignore ", dit-il. Depuis sa création, l'association, qui réunit des passionnés de l'histoire et du patrimoine mauriciens, ne cesse d'attirer l'attention des autorités sur plusieurs sites ou objets à valeur historique de l'île qui nécessitent une attention particulière. Au départ, elle comptait six membres et aujourd'hui, une cinquantaine. Hier aux Écuries du Domaine des Aubineaux, à Forest-Side, la soirée annuelle de l'association a été marquée par le lancement du calendrier montrant d'anciennes cheminées de l'île. Chaque mois de l'année 2009 est en effet illustré par une photo détaillée des cheminées et leur historique. " Ce sont de vieilles sentinelles abandonnées… il y a tant d'histoire autour d'elles. Afin de pouvoir construire ces édifices, des travailleurs, par exemple, ont dû fournir de gros efforts pour soulever ces pierres qui sont si lourdes ", explique Marie-France Chellin-Goblet, la trésorière. Pour cette dernière, outre les maisons coloniales, les monuments, les cheminées, les livres, les pierres tombales, les tableaux forment également partie du patrimoine local et c'est la responsabilité de tous les Mauriciens de les préserver. " Il s'agit d'un héritage commun ; prenez par exemple les bâtiments en pierre à Port-Louis : ceux-ci ont été en grande partie construits par des tailleurs de pierres qui venaient de Pondichéry sous le règne de Mahé de Labourdonnais. À chaque fois que ces bâtiments sont détruits, c'est tout un pan de l'histoire qui disparaît ", renchérit M. Guimbeau. Citant plusieurs exemples de lieux et sites historiques, François Guimbeau souligne que Maurice compte de nombreuses preuves témoignant de sa richesse historique, tels le patrimoine militaire ou encore les chemins de fer. " La gare du Réduit servait à l'époque de gare personnelle aux gouverneurs…, maintenant ce lieu est en ruines ", déplore, entre autres, notre interlocuteur. " Il y a aussi la core zone tout autour de l'Aapravasi Ghat qui mérite tout aussi une attention particulière ", ajoute-t-il. M. Guimbeau indique par ailleurs que ces lieux et autres bâtiments historiques, telles les maisons coloniales, attirent de nombreux touristes, qui démontrent de plus en plus d'intérêt pour l'histoire du pays, sa culture et son patrimoine architectural et culturel. " Que vont-ils avoir à admirer si nous rasons tous les bâtiments ? ", s'interroge M. Guimbeau.
Dans le but de sensibiliser les jeunes, Mme Chellin-Goblet indique que des propositions ont été faites aux autorités pour que le curriculum d'études, tant au primaire qu'au secondaire, inclue davantage des pages d'histoire de notre île. Dans cette optique, l'association compte animer prochainement des causeries dans les écoles sur l'importance de la préservation du patrimoine, à l'intention des 7-8 ans. " Les jeunes sont notre espoir… il faut les éduquer dès le plus jeune âge et leur inculquer cette notion de la sauvegarde du patrimoine ", plaide-t-elle. Elle propose aussi que des incentives soient alloués aux personnes possédant des maisons coloniales afin qu'elles puissent entretenir ces dernières, voire exploiter la possibilité qu'elles soient transformées en chambres d'hôtes. François Guimbeau propose par ailleurs que ces maisons soient incluses dans un parcours spécial par les opérateurs touristiques.




